
La nouvelle selon laquelle les premiers ministres
canadiens entendent procéder à l’achat groupé de certains médicaments
génériques sur ordonnance est pour le moins troublante. En fait, si elle
se concrétise, elle pourrait entraîner une hausse du coût des médicaments sur ordonnance
pour les Canadiens et empirer les pénuries de médicaments sur ordonnance.
Les achats groupés ou les appels d’offres risquent de
créer un système où le gagnant emporte tout. Ce système dissuaderait les
fabricants de médicaments génériques de commercialiser de nouveaux produits. Il
ne faut pas oublier qu’au moins huit des dix médicaments génériques les plus
vendus au Canada ont été commercialisés après que des fabricants de médicaments
génériques eurent contesté des brevets devant les tribunaux canadiens, ces
brevets ayant été jugés échus ou non contrefaits. Ces procédures judiciaires
auxquelles ont pris part les fabricants de médicaments génériques ont engendré
des économies additionnelles de 33 milliards de dollars pour les Canadiens.
Cela dit, elles exposent également les fabricants de médicaments génériques à
une énorme responsabilité, si les tribunaux déterminent, après coup, que le
produit générique contrevient à au moins un des brevets du fabricant du
médicament d’origine.
Pourquoi un fabricant de médicaments génériques
courrait-il les risques associés à la commercialisation de nouveaux produits au
Canada quand il ignore s’il pourra obtenir une part de marché satisfaisante par
la suite (ce qui sera le cas si un vaste appel d’offres lui échappe)? En fait,
ce sont les entreprises qui investissent le moins dans le développement de nouveaux
médicaments qui sont favorisées dans les appels d’offres.
Au final, les payants publics et privés seront forcés
d’assumer le coût supérieur du médicament d’origine plus longtemps, voire
pendant des années, parce que les fabricants de médicaments génériques ne se
risqueront pas à contester des brevets échus ou non contrefaits. Le risque
sera devenu trop important par rapport à l’avantage potentiel. Le prix des médicaments
génériques sur ordonnance a très peu d’importance si les médicaments ne sont
jamais commercialisés. Les payeurs n’auront d’autre choix que de payer plus
cher pour l’équivalent d’origine.
Qui plus est, comme nous avons pu l’observer ces
derniers temps au Canada et sur d’autres marchés, les appels d’offres de
médicaments peuvent favoriser les pénuries en éliminant la concurrence pour
certains produits. Si le seul fournisseur d’un médicament éprouve des problèmes
de production, par exemple, les solutions de rechange pour se le procurer seront
probablement limitées, voire inexistantes.